Les Papeteries...
Depuis un certain nombre de siècles, le papier fait partie de notre univers, que ce soit pour l'écriture ou simplement l'emballage. D'ailleurs, Raguenau, maître pâtissier et ami de Cyrano de Bergerac, alliait les deux en pliant ses macarons dans les sonnets écrits par ses protégés poètes. C'était au temps de Richelieu, les papetiers de la capitale et d'ailleurs faisaient déjà flores, mais pour nous, dans la Vallée de l'Hien, il faudra attendre la fin du XVIIIème siècle avant de voir s'installer la première papeterie. A l'époque (comme aujourd'hui encore) il fallait deux choses essentielles pour produire du papier : une force motrice et un abondant approvisionnement en eau. Grâce à sa rivière, notre vallée fournissait les deux en offrant la possibilité de construire sur son cours des moulins semblables aux moulins à grains déjà connus depuis longtemps.
Bien sûr, en ces temps-là, on était loin de produire comme aujourd'hui, 2000 mètres minute en douze mètres de large. On n'était pas encore esclave de la productivité. On façonnait le papier feuille à feuille en laissant le temps au temps. Certes, il était moins lisse et moins blanc, mais il avait un corps pour ne pas dire une âme, qui inspirait le respect.
L'industrie papetière, comme le dit François Tézier, ancien gérant des Etablissements Pouyade, a connu en gros deux siècles de grande prospérité, à tel point qu'il y a eu jusqu'à cinq moulins en activité dans la Vallée de l'Hien au cours du XIXème siècle. Du début du XXème aux années soixante-dix, trois ont tenu le cap (Pouyade, Cartallier-Leydier, Bonhomme) et ont fourni du travail jusqu'à deux-cent cinquante personnes, soit environ deux-cents foyers, car il arrivait que la société employât deux personnes ou plus de la même famille.
De leurs origines à leur fin ou presque, les papeteries de la Vallée ont été des affaires de famille. On se passait le flambeau de père en fils ou d'oncle à neveu et les choses roulaient ainsi de décennie en décennie, jusqu'à ce que les nouvelles techniques bousculent tout et rendent les bonnes vieilles méthodes obsolètes, donc difficilement rentables. Pouyade a été contraint de fermer ses portes en 1968, Cartallier lui a survécu dix ans, grâce à l'apport technique.../...