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Le Dernier Charron...

De nos jours, tous les véhicules, qu'il s'agisse d'automobiles, de cars, de camions ou de tracteurs agricoles, ont des roues équipées de pneumatiques faits de bon caoutchouc qui adhère bien à la chaussée (sauf s'ils sont lisses bien entendu). Mais qu'en était-il autrefois des chars, charrettes et autres voitures tirées par des chevaux ? Eh bien, les roues étaient tout bonnement faites d'un ensemble complexe de pièces de bois, cerclé d'un bandage de fer.


A l'époque, si ces roues n'étaient pas sujettes aux crevaisons comme les véhicules modernes, il arrivait qu'elles cassent ou que le cerclage se désolidarise de l'ensemble. En pareil cas, on ne faisait évidemment pas appel à un garagiste mais à un charron. Aujourd'hui, nous allons à la rencontre d'un personnage atypique, haut en couleurs et dont la carrière laisserait plus d'un pantois. Il s'agit d'Aimé Bonin, quatre-vingt-quatre ans, bon pied bon oeil et charron de son état.
Mais qui est ce citoyen de la Communauté de Communes, né un jour de septembre 1922 à Torchefelon ? Enfant de la campagne, très tôt il aide aux travaux agricoles dans l'exploitation familiale (ferme Montpensier aujourd'hui ferme Villard). A treize ans, il décroche son Certificat d'Etudes et entre à l'usine Giroud où il reste six ans avant de retourner à la ferme parentale. A vingt-quatre ans, passionné par le travail du bois et du fer, il entre en apprentissage chez Joseph Lagier charron à Bizonnes, qui lui enseigne toutes les ficelles du métier.


En 1955, au tournant de son trente-troisième anniversaire, il rencontre Marcelle Alexis de onze ans sa cadette et l'épouse. Plus d'un demi-siècle après, il avoue, avec dans les yeux un éclair de malice teinté de tendresse : « vous n'allez certainement pas me croire, mais au bout de cinquante et un an de mariage, je suis toujours amoureux de ma femme ». Voilà une bien belle leçon de vie donnée par ce couple d'anciens aux nouvelles générations, n'est-ce pas ?

En 1956, il achète le moulin d'Avallon et s'installe charron à son compte. A l'époque, il existe encore des engins de charroi : tombereaux, chars à foin, etc.. Aimé en fabrique les roues et ce, de A à Z à savoir, de l'ensemble de bois aux pièces de fer, il est tout à la fois charron et forgeron. Il devient ainsi le spécialiste local incontesté dans ce domaine. De son coté, une fois qu'elle s'est occupée de ses cinq enfants (quatre garçons, une fille) et a terminé les travaux ménagers, Marcelle vient aider son époux à l'atelier. Aimé dit d'ailleurs : « ma femme a bien souvent fait des travaux qui n'étaient pas pour elle ».

Outre l'habileté et le savoir-faire dont il fait preuve dans son métier, Aimé Bonin est un homme ingénieux : l'Hien passe à côté de chez lui, alors l'idée lui vient d'installer une turbine dans son moulin qui ne moud plus depuis longtemps mais qui sera ainsi remis en service pour produire l'électricité nécessaire à l'éclairage et au chauffage.

Arrivent les années soixante-dix, les tombereaux, chars et charrettes ont disparu, mais Aimé continue son activité en fabriquant et en réparant des roues pour les véhicules hippomobiles de collection (calèches, fiacres, etc.). Il ne prendra sa retraite définitive qu'à l'âge de soixante et onze ans : 232 trimestres de travail, qui dit mieux ?

Aujourd'hui à quatre-vingt-quatre ans, Aimé ne peut s'empêcher d'allumer sa forge de temps à autre, histoire de la maintenir vivante et ne pas perdre la main. A son art, dans lequel il est passé maître, il ajoute celui de conteur et, quand il parle de ses passions, on se tait afin de déguster pleinement les paroles de cet artisan à l'ancienne de qui on pourrait tirer bien des leçons.